Vie de Miettes

Intouchables de Eric Toledano et Olivier Nakache 25 novembre 2011


Un film qui donne le sourire

Je suis allée voir Intouchables le jour de sa sortie en salle. Comme beaucoup de monde, le film m’a enchantée. J’ai hésité à rédiger un article dessus. Je ne savais pas trop ni par quel bout le critiquer ni quoi écrire si ce n’est que je conseillerais d’aller le voir. C’est un film qui m’a fait rire, beaucoup. Si je souris souvent, j’éclate de rire assez peu. Je suis de celles qui laissent entrevoir un léger sourire lorsque la salle éclate de rire. Intouchables a réussi à me faire rire, d’un rire que l’on ne peut retenir. Je crois que si je ne devais citer qu’une seule raison, cela serait d’ailleurs celle-ci : l’humour.

L’histoire est simple. Philippe (François Cluzet), un aristocrate tétraplégique, engage Driss (Omar Sy) un jeune de banlieue tout juste sorti de prison pour l’aider dans la vie quotidienne. C’est l’histoire de deux cabossés de la vie qui vont apprendre à s’apprivoiser et découvrir leur univers respectif. A la lecture du synopsis, je craignais les lieux communs et la caricature. Finalement et malgré quelques clichés inévitables, j’ai été très agréablement surprise.

C’est un film joyeux et positif. Avec Philippe et Driss tout parait simple : et s’il suffisait de s’ouvrir, de s’entraider et de regarder vers la vie ? Je crois que l’on connaît tous dans notre entourage une personne atteinte d’un handicap ou d’une maladie lourde. C’est souvent difficile de savoir comment s’y prendre, que dire et quoi faire. Intouchables souffle une solution : retirer ce regard de pitié, de tristesse et regarder l’auteur comme un autre que soi et comme soi.

La réalité est sûrement embellie, mais qu’importe, si cela permet de se sentir mieux et d’y croire le temps d’un film. En mettant au premier plan la tolérance et le goût de la vie, Intouchables insuffle une énergie positive, une force instantanée. Savoir que le film est adapté d’une histoire vraie permet de se laisser porter encore un peu dans ce monde presque idéal.

Enfin, cela reste toujours (très) agréable de regarder une jolie histoire d’autant plus quand la bande originale est accompagnée du merveilleux Ludovico Einaudi . D’ailleurs, j’écoute la BO en boucle depuis, en alternant avec celle de La guerre est déclarée. C’est doux, c’est doux.

Alors, si vous n’êtes pas encore allés le voir, bien sûr, je vous le conseille. Je crois que c’est un film qui peut vraiment plaire à tout type de public. Et si vous y êtes déjà allés, je serais ravie de lire votre avis.

D’ailleurs, il y a des films en salle en ce moment que vous conseillerez ?

Bon week-end !


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La guerre est déclarée de Valérie Donzelli 31 octobre 2011


Un hymne à l’amour, à la vie devant soi

 

La guerre est déclarée de Valérie Donzelli est l’histoire idyllique d’amour de Roméo et Juliette. C’est aussi l’annonce brutale de la maladie – tumeur au cerveau - d’Adam, leur enfant. C’est alors l’histoire d’un couple qui raconte ce combat joyeux et gai face à la maladie, qui se raconte. C’est l’histoire de la vie qui continue malgré tout.

Depuis sa sortie en salle, j’avais en tête de voir La guerre est déclarée et je l’ai enfin vu la semaine dernière. Ce film m’intriguait. J’avais trouvé la bande-annonce belle et touchante. Savoir que ce film était très proche de l’histoire vécue par les réalisateurs/acteurs, sans pour autant être autobiographique, était aussi troublant.

J’ai aimé La guerre est déclarée . J’ai trouvé le film très lumineux, tendre et optimiste malgré le thème. Ce film n’est ni larmoyant, ni nombriliste. La guerre est déclarée m’a paru vivant, positif et surtout débordant d’amour. J’ai apprécié la pudeur présente tout au long du film. Valérie Donzelli est parvenue à ne jamais tomber dans le pathos et l’épanchement vulgaire. Cela aurait été pourtant si facile et si vendeur avec un tel thème. Cela n’est pas un film pour les voyeurs, pour ceux qui ralentissent devant un accident au bord de la route. On apprend dès l’ouverture du film qu’Adam sera guéri, on ne joue pas avec ça. On ne verra jamais plus Adam le crâne rasé suite à l’opération. Le narrateur ne s’épanche pas non plus sur cette immense amour, qui s’il leur a permis de gagner la guerre, a fini par se pulvériser.  J’ai trouvé ça digne, fort, et beau. J’ai été captivée et bouleversée par cette histoire, par ce combat injuste, si réel et si proche de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm.

Le film rayonne et décolle grâce à sa bande-annonce, aux scènes décalées, parfois comiques et à ses belles couleurs – d’ailleurs, le film a été filmé à partir d’un appareil photo ! -. On navigue entre des scènes courtes, des plus longues, entre des passages écrits, chantés, narrés. On est presque guidés. On ralentit, on accélère, et enfin on explose à travers les coupures et les jeux de rupture. C’est un film qui sort de l’ordinaire, un film libre et qui ose, secoue, réveille, et nous donne cette envie si forte et si intense de vivre.

La guerre est déclarée est un film résolument optimiste, qui donne envie de se battre. Je l’ai vécu comme une catharsis, comme un hymne à la vie envers et contre tout.


« Ils étaient détruits mais solides. »


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Un heureux événement de Rémi Bezançon 7 octobre 2011


Un heureux événement

J’avais lu le livre d’Eliette Abécassis, il y a quelques années. Il m’avait particulièrement touchée, sûrement à cause de nos études de Philosophie communes à l’époque. J’ai souvent ressenti ce fossé immense en moi entre les belles théories apprises, et la vie. Parce que, oui, lorsqu’on commence des études de Philosophie, c’est aussi souvent pour trouver une forme de vie heureuse, pour prendre du recul, pour s’apprendre en quelques sorte. Pourtant et malgré une philosophie dite pratique, on s’éloigne souvent de la réalité et de ses gouffres. On se love dans un cocon douillet de concepts.

Au delà de la Philosophie, comme beaucoup de filles, je me pose des questions sur la grossesse et sur ce désir d’enfant que l’on devrait avoir obligatoirement au creux du ventre dès un certain âge. Le livre avait mis des mots sur mes doutes et angoisses. J’avais trouvé le livre juste et tout en finesse. J’avais apprécié que l’auteur louvoie parfaitement entre les clichés. Eliette Abécassis parvient à ne pas faire de la grossesse un instant de grâce. Pour autant, elle ne transforme pas cet événement en cauchemar. L’auteur décrit très finement la transformation lente que provoque une grossesse. Elle évoque aussi l’instinct maternel, sans jamais tomber dans l’écueil de donner une leçon de morale.

Ce livre m’avait bouleversée. J’en avais d’ailleurs longuement parlé à Anthony (essayant en vain) de lui donner envie de le lire. Du coup, lorsque j’ai vu que le livre allait être adapté au cinéma par Rémi Bezançon – le réalisateur du Premier jour du reste de ta vie -, j’ai tout de suite eu envie de le voir et avec lui si possible. Je l’ai vu mercredi soir avec Anthony (youpi !). J’avais envie qu’il voit la grossesse avec un autre regard, qu’il partage peut-être aussi grâce à cette histoire mieux mes craintes si on décide de mettre un jour au monde un enfant ensemble.

J’ai toujours un peu peur lorsque je vais voir un film adapté d’un livre. Finalement, j’ai vraiment adoré. Je crois que c’est la première fois que j’ai aimé tout autant le film que le livre. Le film est poétique, touchant et juste. Alors, bien sûr et vous l’aurez compris, je ne peux que vous conseiller d’aller le voir, et/ou de lire le roman d’Eliette Abécassis.

  »Elle m’a poussée dans mes retranchements, m’a fait dépasser toutes mes limites, m’a confrontée à l’absolu : de l’amour, du sacrifice, de la tendresse, de l’abandon. Elle m’a disloquée, transformée. Pourquoi personne ne m’a rien dit ? Pourquoi on n’en parle pas ? »


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Medianeras de Gustavo Taretto 3 août 2011

« Un homme est à l’image d’une ville et la ville à l’image de ses habitants. »*

 
 
J’ai découvert Medianeras - Murs mitoyens – de Gustavo Taretto par hasard alors que  je flânais samedi dans le Marais. Je me suis arrêtée devant le Nouveau Latina lire la programmation. Lorsque je passe devant un cinéma, j’ai cette manie de m’arrêter lire les synopsis des films alors à l’affiche. Et ce, même si je n’ai aucune intention d’aller au cinéma à l’instant même.

Medianeras et sa description m’ont tout de suite enchanté. Tout d’abord, l’affiche était travaillée et agréable. Le synopsis dévoilait un conte urbain. La culture hispanique, l’architecture, la poésie, la solitude propre aux métropoles, le web(design) qui se mélaient. Des sujets qui me parlent. Medianeras brosse aussi en filigrane une histoire d’amour entre deux solitudes à Buenos Aires. Dès l’affiche, la grande question du film semble lancée: « Où trouver l’amour quand on ne sait où chercher ? ». Et puis les histoires d’amour, c’est toujours beau.

Le lendemain, j’allais le voir. Je me suis rendue dans un petit cinéma-théatre vers chez moi, le Brady. Le Brady fait partie de ces rares cinémas où il émane encore un sentiment artistique dès que l’on pousse la porte. Les salles sont minuscules, les fauteuils rouge et en velours.  Les vieilles affiches de cinéma sur les murs soulignent l’histoire du lieu. Au Brady, les films ne sont pas projetés en numérique et les petits grésillements des vieilles bobines de film rappellent un temps désuet.

 

 

Revenons à Medianeras.

Ce film argentin est le premier long-métrage de Gustavo Taretto. L’auteur a travaillé dans la publicité et cela se voit. Medianeras est parsemé de symbole et d’images fortes qui restent en mémoire. Le film révèle un Buenos Aires sous un angle novateur. Ce conte, à la fois urbain et philosophique, nous amène rapidement à réfléchir sur la relation paradoxale entre les grandes villes surpeuplées et le sentiment de solitude omniprésent de ses habitants : comment et pourquoi la ville engendre-t-elle des individus solitaires et névrosés ? Ou bien et à l’opposé, cette ville monstrueuse ne serait-elle pas plutôt le simple reflet des individus qui l’habite ?  C’est à cette problématique que va tenter de répondre Gustavo Taretto tout au long de son joli film.

Medianeras ne cesse de souligner l’ennui et l’indifférence dont sont épris les citadins aussi bien au milieu de la foule que chez eux, entourés de dizaine de « cajas de zapatos » (cage à poules) où vivent des individus comme eux. Les individus se heurtent, se touchent, se côtoient et demeurent pourtant si éloignés.Dans cette ville tentaculaire, l’autre devient à la fois sujet de fascination et d’angoisse. Les personnages développent un certain malaise face à la ville. Celle-ci devient la source de tous les fantasmes. Elle est à la fois effrayante et envoûtante.

Pour palier leur isolation, les individus tentent de communiquer toujours plus par le biais des nouvelles technologies : SMS, tchat en ligne, jeux vidéos, etc. Tout y passe – tant que l’individu reste physiquement seul avec ce sentiment de « protection »-. Aucun de ces moyens ne semblent fonctionner et les personnages demeurent dans leur isolement. Gustavo Taretto met au coeur de Medianeras cette ambivalence propre aux nouvelles technologies qui ne cessent, d’un coté de pousser des individus à communiquer entre eux, et de l’autre, de les enfermer pernicieusement. Je dois dire que cela est un sujet qui m’intéresse particulièrement et me fascine. J’ai trouvé que le film était une belle allégorie de cette société de (sur)communication – et je n’ai (presque) plus touché à mon iPhone de la journée -.

 

 

Pour finir sur une note plus légère, j’ai aimé enfin l’optimisme du film. Medianeras se conclut avec une jolie fin où les personnages parviennent à ne plus se laisser sombrer et à reprendre leur destin à main. Ils sortent, s’inscrivent à la piscine, et finissent enfin par arrêter de se croiser pour se rencontrer. L’errance et la rêverie laissent place au réel et la vie réelle. Je n’en écrirais pas plus afin de ne pas tout dévoiler. Je vous conseille d’aller le voir si vous avez l’occasion. Et j’espère que, comme moi, vous en en sortirez avec un sourire aux lèvres.

 

Des avis ? Vous l’avez vu ?

 


* Martin-Santos

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