Vie de Miettes

Medianeras de Gustavo Taretto 3 août 2011

« Un homme est à l’image d’une ville et la ville à l’image de ses habitants. »*

 
 
J’ai découvert Medianeras - Murs mitoyens – de Gustavo Taretto par hasard alors que  je flânais samedi dans le Marais. Je me suis arrêtée devant le Nouveau Latina lire la programmation. Lorsque je passe devant un cinéma, j’ai cette manie de m’arrêter lire les synopsis des films alors à l’affiche. Et ce, même si je n’ai aucune intention d’aller au cinéma à l’instant même.

Medianeras et sa description m’ont tout de suite enchanté. Tout d’abord, l’affiche était travaillée et agréable. Le synopsis dévoilait un conte urbain. La culture hispanique, l’architecture, la poésie, la solitude propre aux métropoles, le web(design) qui se mélaient. Des sujets qui me parlent. Medianeras brosse aussi en filigrane une histoire d’amour entre deux solitudes à Buenos Aires. Dès l’affiche, la grande question du film semble lancée: « Où trouver l’amour quand on ne sait où chercher ? ». Et puis les histoires d’amour, c’est toujours beau.

Le lendemain, j’allais le voir. Je me suis rendue dans un petit cinéma-théatre vers chez moi, le Brady. Le Brady fait partie de ces rares cinémas où il émane encore un sentiment artistique dès que l’on pousse la porte. Les salles sont minuscules, les fauteuils rouge et en velours.  Les vieilles affiches de cinéma sur les murs soulignent l’histoire du lieu. Au Brady, les films ne sont pas projetés en numérique et les petits grésillements des vieilles bobines de film rappellent un temps désuet.

 

 

Revenons à Medianeras.

Ce film argentin est le premier long-métrage de Gustavo Taretto. L’auteur a travaillé dans la publicité et cela se voit. Medianeras est parsemé de symbole et d’images fortes qui restent en mémoire. Le film révèle un Buenos Aires sous un angle novateur. Ce conte, à la fois urbain et philosophique, nous amène rapidement à réfléchir sur la relation paradoxale entre les grandes villes surpeuplées et le sentiment de solitude omniprésent de ses habitants : comment et pourquoi la ville engendre-t-elle des individus solitaires et névrosés ? Ou bien et à l’opposé, cette ville monstrueuse ne serait-elle pas plutôt le simple reflet des individus qui l’habite ?  C’est à cette problématique que va tenter de répondre Gustavo Taretto tout au long de son joli film.

Medianeras ne cesse de souligner l’ennui et l’indifférence dont sont épris les citadins aussi bien au milieu de la foule que chez eux, entourés de dizaine de « cajas de zapatos » (cage à poules) où vivent des individus comme eux. Les individus se heurtent, se touchent, se côtoient et demeurent pourtant si éloignés.Dans cette ville tentaculaire, l’autre devient à la fois sujet de fascination et d’angoisse. Les personnages développent un certain malaise face à la ville. Celle-ci devient la source de tous les fantasmes. Elle est à la fois effrayante et envoûtante.

Pour palier leur isolation, les individus tentent de communiquer toujours plus par le biais des nouvelles technologies : SMS, tchat en ligne, jeux vidéos, etc. Tout y passe – tant que l’individu reste physiquement seul avec ce sentiment de « protection »-. Aucun de ces moyens ne semblent fonctionner et les personnages demeurent dans leur isolement. Gustavo Taretto met au coeur de Medianeras cette ambivalence propre aux nouvelles technologies qui ne cessent, d’un coté de pousser des individus à communiquer entre eux, et de l’autre, de les enfermer pernicieusement. Je dois dire que cela est un sujet qui m’intéresse particulièrement et me fascine. J’ai trouvé que le film était une belle allégorie de cette société de (sur)communication – et je n’ai (presque) plus touché à mon iPhone de la journée -.

 

 

Pour finir sur une note plus légère, j’ai aimé enfin l’optimisme du film. Medianeras se conclut avec une jolie fin où les personnages parviennent à ne plus se laisser sombrer et à reprendre leur destin à main. Ils sortent, s’inscrivent à la piscine, et finissent enfin par arrêter de se croiser pour se rencontrer. L’errance et la rêverie laissent place au réel et la vie réelle. Je n’en écrirais pas plus afin de ne pas tout dévoiler. Je vous conseille d’aller le voir si vous avez l’occasion. Et j’espère que, comme moi, vous en en sortirez avec un sourire aux lèvres.

 

Des avis ? Vous l’avez vu ?

 


* Martin-Santos

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Minuit à Paris, Woody Allen 5 juin 2011

Paris est une fête

Woody Allen et moi, c’est un peu une histoire d’amour. J’aime ses scénarios, la façon poétique dont il filme et parvient à sublimer n’importe quelle ville – bon, il ne les choisit pas totalement au hasard non plus -. Cette manière particulière qu’il a de peindre le quotidien, la jeunesse, les artistes ; cette façon même qu’il a de nous injecter des paillettes dans les yeux et qui nous fait alors croire que tout est possible. J’aime ses thèmes récurrents, les BO choisies et ses personnages décalés. J’ai toujours une sensation de légèreté et de petits bonheurs à la sortie de ses films.

Puis ici, il s’agit de Paris, la ville où je suis actuellement en stage et où je compte (très) certainement m’installer dès la fin de mes études. Cette capitale que j’apprends à aimer et découvre depuis quelques mois. Celle qui me donne l’impression de bouillir de l’intérieur, de vivre pleinement. Les plans de Paris dans le film sont juste parfaits. Woody Allen parvient dès le début à filmer un Paris de carte postale, un Paris pour les amoureux, les écrivains et les artistes. A ce propos, l’office du tourisme de Paris a mis en place un plan retraçant l’itinéraire du film pour tous ceux qui voudraient refaire le parcours de celui-ci. Vous pouvez le télécharger en cliquant ici.

Alors, j’ai aimé Minuit à Paris, cette déclaration d’amour ouverte à Paris, cette histoire hors du temps et cette douceur de vivre qui s’en dégage. Un film rempli de magie, de douceur et de mélancolie. Avec Minuit à Paris, je me suis laissée emporter dans les tourbillons des nuits parisiennes. Ses années 20 et ses artistes. Fitzgerald, Hemingway, Adrian, Luis Buñuel. Gertrude Stein, Dali, Man Ray, Picasso, Lautrec, Gauguin et Degas. Ses verres qui trinquent et cette culture qui se dessine en filigrane. Les personnages sont attachants et drôlement bien joués. L’humour y est toujours subtil. C’est léger, frais, beau et optimiste. Paris est une fête.

J’ai envie de voir à nouveau tous les films de Woody Allen en commençant par Vicky Cristina Barcelona que j’ai déjà vu plusieurs fois et dont je ne me lasse ni du film ni de sa BO. Peut-être découvrir ses livres aussi. J’attends déjà avec impatience son prochain film qui se passerait cette fois à Rome. Et puis, parce qu’on évoque Paris, regardez donc cette petite vidéo que je trouve réussie et qui met aussi en avant la beauté de Paris.

Vous aimez Woody Allen ?

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The Social Network, David Fincher 25 octobre 2010

Lorsque j’ai entendu parler d’un film sur Facebook - The Social Network – je me suis dit que j’irais le voir à coup sûr. Pourtant deux semaines après sa sortie, je n’y étais toujours pas allée. C’est chose faite depuis samedi ! Je n’avais lu que des critiques positives sur The Social Network (sauf une !) et j’étais impatiente de le voir.

J’ai aimé The Social Network . J’ai trouvé le film court et je n’ai pas vu le temps passé. Lorsque le générique de fin est arrivé, je pensais que nous en étions juste au milieu de l’histoire. J’ai pourtant tendance à m’ennuyer rapidement et à penser que beaucoup de films traînent en longueur. Pour une fois, ce fut plutôt l’inverse. En sortant de The Social Network , j’avais l’impression qu’il manquait quelque chose, un point final. Je m’attendais et j’attendais, je crois, une réflexion philosophique ou sociologique. II n’y en a pas eu. Je m’attendais en quelque sorte que l’on pense pour moi, que l’on me dise ce que je devais penser, quelle était la morale. Le film ne prend pas parti et ce n’est pas peut-être pas plus mal. A coup sûr même.

J’ai apprécié la façon dont il a été filmé. Cette façon de ne pas mettre en scène, comme le cinéma américain sait si bien le faire un méchant, un gentil et une fin idyllique ou à l’inverse catastrophique.J’ai aussi apprécié la distance prise, cet espace où l’on se glisse et où toute la réflexion est laissée au spectateur. Le film n’a rien d’angélique où Marc Zuckerberg serait vu comme un Dieu ou alors, au contraire, diabolisé. J’aime cette demie mesure, ces portes laissaient ouvertes.

La vitesse du film est vertigineuse et souligne à merveille la rapidité où tout se forme dans cette nouvelle société, où l’ascension sociale est fulgurante et ne laisse rien sur son passage. J’ai aimé toutes ses oppositions qui font la richesse du film : – pour commencer, par cette phrase énigmatique sur l’affiche du film (est-ce une tournure positive pour dire que quoi qu’on fasse, on aura toujours des ennemis ?  ou à l’inverse, cela signifie-t-il que Marc Zuckerberg serait pret à tout afin d’obtenir ce qu’il désire ? ) ;  - ces étudiants en tong et buvant des bières, et ces deux procès seulement quelques années plus tard ; - ces dialogues renversants et la lenteur du personnage dans son monde ; – cette unique et persistante amitié assassinée en quelques mois et oubliée en quelques minutes. Et bien sûr, l’opposition entre les valeurs que prônent Facebook – le partage et la transparence de la vie privée, le diktat de l’amitié et de l’échange – et les valeurs réelles des principaux créateurs ; cet abîme entre la communication oppressante des réseaux sociaux et le mutisme entre les personnages.

J’ai enfin et surtout aimé la porosité de The Social Network qui ne dit pas tout, qui laisse à penser. J’ai aimé ne pas savoir quoi penser de Marc Zuckerberg lorsque je suis sortie du film. J’ai aimé ne pas savoir le classer, ne pas pouvoir dire si c’est un «gentil», un «méchant», ou simplement et justement un homme : est-ce que l’on aurait mieux agis à sa place ? J’ai aimé penser, que même si on scande à tout va que la vie privée est une notion révolue, elle ne l’est pas totalement. Que chaque homme est un mystère en soi et que cette limpidité, cette absence de secret associé à Facebook n’est qu’un leurre puisqu’il s’avère déjà difficile de comprendre son créateur.

J’ai aimé me poser des questions et ne pas trouver les réponses.

Et vous, avez-vous aimé ?

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