Vie de Miettes

L’amour, la distance, et le reste. 10 mars 2010

Les cours sont préparés et posés sur la table à coté. En tailleur sur le lit, je pianote. J’ai fini mon examen ce matin après son départ. Il faisait encore nuit et je tremblais un peu. J’ai froid de son absence. La douleur devient une brulure à chaque fois qu’il ferme la porte derrière lui. Chaque fois, c’est le même rituel. L’angoisse étouffe. Le silence devient pesant. Les maux de tête arrivent au galop et m’assomment. Les plis de mes draps reçoivent mes poings crispés ; je ne digère plus cette non-présence. Les taches sur le front deviennent plus intenses plus affreuses. Je ne parviens pas à voir le positif dans tout ça, et je m’en veux presque ne pas être assez forte ou d’être trop égoïste et capricieuse pour profiter des jolies choses. 
Chaque fois, c’est le même rituel, j’essaye d’apprivoiser la solitude. J’oublie d’ouvrir les volets. J’oublie de respirer. J’oublie de manger. Lorsque je sens mon corps se fatiguer, je jubile de me sentir légère presque pure. Je recherche juste à m’harmoniser, tu sais. Peut-être aussi à contrôler une chose pour une fois dans ma vie ou juste mes limites ; je ne sais plus. L’ai-je déjà su ?  Ce n’est pas grand chose tout ça après tout. 
Je bois du lait froid à la petit cuillère et disperse mes livres sur le lit. C’est un joyeux bordel. Je me gratte à m’arracher la peau. J’écris beaucoup de choses inutiles. J’envoie des sms et rédige quelques mails, parfois des lettres que je n’enverrais la plupart du temps pas. Quand la nuit tombe, je sors quelques légumes. Puis, j’essaye de les harmoniser plus pour eux que pour moi. Je me force à pointer le bout de mon nez dehors pour ne pas m’enfermer dans une spirale. Je vois quelques personnes, enlace quelques verres, et trinque à la vie à la nuit obscure.
 Je n’aime pas ces journées là.
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Comment supporter la distance ? 8 mars 2010

Venise, pour se souvenir des jolies choses. 


Depuis samedi, je travaille sur un examen d’art. Je dois le rendre le 10 et j’ai l’impression de patauger dans la neige. J’écris, je gribouille, je raye, je déchire. Je n’arrive pas à me plonger à l’intérieur. Et si je plonge, c’est pour me noyer.
Je suis à coté, de l’autre coté. Je lis un dossier d’un millier de pages. Et je n’y comprends à la vérité vraiment pas grands choses. J’ai l’impression d’avoir trois ans alors qu’on me demande un travail de grands enfants. J’ai même pensé à envoyer un mail à ma prof avec comme objet : ¡ Al socorro, Carmen !. Cela ne serait pas très sérieux, cela ne serait pas très fin non plus. Alors, j’ai bu une gorgée de café, et j’ai fait semblant ; semblant d’être grande, d’être sérieuse, et de comprendre un peu. J’ai gribouillé sur ma feuille quelques mots hispaniques, trois petits soleils avant de m’endormir le visage sur la table glacée. 

Par la fenêtre, je vois des flocons qui caressent le sol. J’aime l’atmosphère que seule la neige sait créer. Elle s’est immiscée dans le paysage dans la nuit. Hier encore, le soleil dessinait des lumières sur ma peau. J’ai envie de batailles de boules de neige, de bonhommes de neige, et de photographies aux couleurs nordiques. Pourtant, je dois rester le visage face à mon travail si je ne veux pas me transformer en une montagne de culpabilité avant mercredi. 
L’amoureux m’a annoncé que les déplacements à l’autre bout de la France se prolongeraient encore quelques semaines, peut-être quelques mois. Je me suis mordue la lèvre. Est-on ainsi fait pour vivre à distance ? Depuis le début presque, nous vivons un jour sur deux séparés pourtant notre adresse est identique. Il y a des choses qui ne s’apprivoisent pas. 
Je crois être un peu trop sensible, un peu trop fragile. 
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L’album photo, 5 mars 2010


Par la fenêtre, le soleil me sourit. 

Les bleus sur mes jambes s’estompent peu à peu. On finit toujours pas apprivoiser la douleur, dit-on. Les trois heures, peut-être cinq, de cours donnés cette semaine m’ont donné la force d’avancer. Lorsque je claque la porte, c’est toujours avec le sourire. J’ai leur petite voix et leurs questions qui résonnent sous la peau et une immense envie de les aider, de leur faire découvrir un univers. 
Mercredi et après quatre mails de relance, j’ai enfin reçu mon sujet d’examen. Etrangement, je ne l’ai toujours pas lu. Je l’ai à peine ouvert. Je me noie dans mes recherches. Je voudrais juste me sentir utile. Lundi, je collais des petites annonces partout et nulle part. Je déteste le regard des gens, ce regard qui se pense supérieur. J’ai l’impression de m’être soudain métamorphosée en un animal minuscule. Je baisse alors la tête et file un peu plus loin. Comme si j’étais coupable, je ne fais pourtant rien de mal.
J’ai envie d’enseigner, de travailler, de donner le meilleur de moi-même. Le plus dur, ce n’est pas de travailler je crois, c’est de trouver la force de se battre afin de décrocher un travail et d’y perdre un brin d’humanité dans cette course folle.  
Ces deux images datent de cet été. Vivement le retour des longues journées. 
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Retrouvailles amoureuses 22 janvier 2010

Je t’aime à l’infini.

Quelques heures, et nous serons deux. La douceur de sa peau à caresser, son sourire si particulier à admirer, son odeur sucrée et ses yeux dans les miens seront là. On partagera un café ou un thé en buvant le temps perdu comme un couple qui n’aurait jamais connu la douleur de la séparation. On s’apprivoisera comme des nouveaux amants, comme des hirondelles. En douceur, en tâtonnant de peur de nous briser. Deux solitudes qui se découvrent comme pour la première fois.

Il se passe toujours tellement de choses durant son absence. J’ai l’impression de nous perdre dans le tourbillon de la vie. C’est une éternité, un fleuve, qui nous séparent. L’éloignement, la peur parfois difficile à partager, les moments de tristesse et de doute où il n’y a personne pour se rassurer me dévorent. Tous les paroles et toutes les larmes qu’on ne se dit plus. Parce que. Son absence, c’est vivre à demi-souffle. C’est manquer d’air et d’amour, manquer de nous en longueurs de journée C’est essayer d’apprivoiser le manque lorsqu’il devient de plus en plus incontrôlable. C’est la peur qui danse dans mes veines et l’angoisse qui me paralyse. C’est se déchirer peu à peu et faire comme si ne rien était. C’est.

C’est être plus forts malgré tout, et penser à mon retour, c’est s’aimer à l’infini.

C’est.

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