Note du dimanche-lundi


 
J’ai l’impression d’un doux rituel, d’une rencontre que je m’offre tout juste après, ou avant, la course. C’est peut-être aussi, une jolie façon de commencer et de terminer les jours ailleurs, les jours qui sentent bons le dépaysement. Je suis dans l’avion entre Lisbonne et Toulouse. J’ai l’impression d’avoir laissé derrière moi, avant de partir à Toulouse, un tsunami.

Dimanche dernier, j’ai eu trente ans. J’étais en Algarve au bord de l’océan avec Marion. Ce jour-là, j’ai écrit, j’ai beaucoup marché. Après des jours gris, le soleil s’est levé. Alors, on a trinqué à mes trente ans et aux surprises à venir au coucher de soleil face à l’océan.

Ce jour-là, j’ai reçu des dizaines de mots. Des mots qui me rappellent ma chance de vous avoir prés de moi et d’être entourée d’autant d’amour et bienveillance. J’ai souri, j’ai passé, littéralement, ma journée à sourire. Je n’avais plus peur de grandir. J’ai serré les mots les souvenirs l’amitié la beauté les paysages les émotions. La vie, la belle vie contre moi. Il aurait pas fallu, je crois, me secouer beaucoup pour que cela déborde. Et depuis, j’ai l’impression d’être entourée de cet amour et énergie-là.

Ce jour-là, j’ai commencé une série d’autoportrait : trente ans, trente images. Symboliquement, j’ai décidé de m’offrir un autoportrait par jour durant les trente jours d’après : une seconde à soi capturée pour se souvenir de ces premiers jours particuliers, pour prendre aussi le temps de se regarder, de ralentir et de jouer avec son reflet. C’est doux et inspirant de commencer une nouvelle décennie de cette façon-là. Alors, depuis, je tâtonne, je joue, je me chercher et regarde.

 
 


 

Le jour d’avant, il y a eu la comptabilité qui m’a fait des nœuds à la tête ou dans le ventre. Je ne sais plus trop. Je sais juste que j’y pense souvent la nuit et que je me demande encore, même après cinq ans à être à mon compte, si j’ai les épaules pour porter ce poids-là. Je me rassure en me disant que je sais que je suis au bon endroit quand je conseille, quand j’écris et photographie, quand je me sens libre de travailler à ma façon et quand je lis les mots justes de Camille. La veille de partir, je disais à Pauline que ce qui me rendait vraiment heureuse était de rendre les personnes, justement, heureuses, de leur donner les outils et les moyens pour leur donner confiance en eux et faire ce qu’ils aiment. Je suis sûre de ça et cela me rassure de tout. Alors, quand tout le monde semble si enthousiastes et confiants autour de moi, je souris et je me demande à quel âge, on devient, à son tour, un peu plus confiants et sereins envers soi.

Le jour d’avant, le dernier rendez-vous avec la banque et le dossier déposé, la peur au ventre et la gentillesse, le positivisme et l’écoute de mon banquier en retour. J’ai souvent entendu des entrepreneurs se confiaient sur leur difficulté à faire un prêt immobilier et à être pris au sérieux. Je me rends compte de ma chance. Je ne sais pas vraiment si j’obtiendrais ce prêt. Je ne suis pas sûre et je croise, tout de même, les doigts chaque soir avant de m’endormir. Je sais, en revanche, que mon banquier s’est toujours montré disponible et bienveillant envers moi. Je me souviens ce premier rendez-vous, en janvier, pour lui parler de cette envie d’acheter mon appartement. Je tremblais et je bafouillais. J’avais peur. J’avais l’impression d’avoir cinq ans et de me retrouver, par erreur, dans la cour des grands. Je me disais qu’il allait rire fort, me dire de trouver un CDI et de revenir dans quelques mois ou années. Cela n’a pas été le cas. Il a passé deux heures à me rassurer. C’était rien et c’était beaucoup. Je suis ressortie de ce rendez-vous-là apaisée.

Les jours d’avant, cette volonté d’avancer sur ma boutique d’affiches qui me met des étoiles dans les yeux et de ne jamais y trouver – ou prendre – le temps. Et, chaque jour, les mails, les SMS, les appels et les urgences. La journée qui semble se terminer avant d’avoir commencé. Alors se promettre, pour la centième fois peut-être, de penser un peu plus à soi, de prendre du temps pour soi et de respirer. De trouver l’équilibre et le temps nécessaire. De comprendre, et d’entendre, que l’on ne peut ni tout faire ni tout avoir. Alors décider de faire des choix, de tordre le quotidien et de s’y tenir. Et sentir ma petite fierté d’avoir réussi à couper des urgences durant une semaine au Portugal. Au retour, ma gène malgré tout et les mails bienveillants de mes clients qui me répondent, en écho, tous, de profiter du plus bel âge et, surtout, de prendre le temps. Serrer, serrer, ma chance.
 
 


 

Demain, je ne sais pas trop où je vais ni comment j’irai. Je ne sais pas si mon entreprise grandira comme je le souhaite. Je ne sais pas non plus si je serai propriétaire. Mon estomac déborde de points d’interrogation et de projets.

Mais, j’ai cette petite voix qui me console et me conforte. Je sais qu’importe mes choix, je continuerais à écouter ma voix intérieure. Je le sais parce que je fonctionne comme ça depuis trente ans et que je ne sais pas vraiment faire autrement. Je sais Holly et sa bouille qui illumine mon monde. Je sais la beauté des étoiles et du ciel.

Et plus que tout, je sais ma chance. Je sais ma chance de réaliser doucement, et depuis dix ans, mes rêves. Je sais ce livre que je porte avec Sandra et qui me glisse de la lumière dans les yeux. Je sais les voyages l’amour et l’amitié. Je sais l’émotion éprouvée à la vue de la mer et des retrouvailles avec l’orage. Je sais la magie de la vie.

 
 

A 20 ans, j’avais peur du quotidien des grands.
A 30 ans, je traverse des montagnes russes.

 

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30 ans


 

Aujourd’hui, j’ai trente ans. J’ai joué à saute-mouton avec mes vingt-neuf ans. Pour la première fois depuis des années, je n’ai pas écrit le jour de mon anniversaire. Les mots avaient pris la poudre d’escampette. Pour mes vingt-neuf ans, j’étais perdue et apeurée. J’étais partie retrouver l’air dans les Pyrénées et je m’étais retrouvée, seule, au bord d’un lac au milieu des montagnes encore enneigées. Il faisait doux. C’etait le printemps et c’était beau. On aurait dit le bout du monde. Au sommet, j’ai déposé mes doutes et mes peurs et je me suis promis une année lumineuse.

Aujourd’hui, j’ai trente ans et je suis toujours aussi perdue. Je ne sais pas où je serai demain, mais, cette fois, je souris à l’écrire. J’ai appris à accepter mes doutes et mes peurs. A accepter de laisser les réponses éclore. J’ai appris, aussi, à baisser la garde et fendre l’armure, et c’est sûrement la plus belle leçon de l’année. J’ai trente ans et je ne suis pas forte. Non. Je n’essaie plus de paraitre forte. Pour la première fois de ma vie, j’accepte les mains tendues.

Aujourd’hui, j’ai trente ans et depuis mes vingt ans, j’ai obtenu trois licences et un master. J’ai créé deux entreprises. J’ai lancé un magazine, adopté un chien, créé un agenda. J’ai voyagé. Beaucoup. J’ai été fascinée par la poésie de la Thaïlande et la beauté glaciale de la Laponie. J’ai levé les yeux, je me suis regardée, et je me suis réconciliée doucement avec mon reflet. J’ai rencontré des personnes formidables. J’ai écrit, lu des centaines de livres, trinqué à l’avenir. J’ai tremblé, j’ai aimé et je me suis écorchée. J’ai donnée vie à des idées et des couleurs bancales. Je les ai faites, jour après jour, tenir debout. J’ai été, parfois, un peu, fière. J’ai pris des photographies. J’ai conseillé et aidé. J’ai appris à me tenir droite. J’ai été silencieuse. J’ai été là. Je me suis enthousiasmée et j’ai fait, chaque jour, de mon mieux.

Aujourd’hui, j’ai trente ans. Je dors, toujours, avec un doudou et je bois du chocolat chaud. Je porte des bensimon et des shorts en jean. Je ne sais pas me maquiller. J’ai des bleus sur les genoux et des étoiles accrochées au poignet.

J’ai trente ans. Je me réveille et je suis au bord de l’océan. J’ai trente ans et j’apprends à ralentir et à penser à moi. J’apprends à dire non. J’essaie d’acheter le plus joli des appartements. Je fabrique des affiches, j’ai des projets et des rêves qui font battre mon coeur un peu plus fort.

Aujourd’hui, j’ai trente ans et je me souhaite de ne jamais m’endormir, de ne jamais laisser la vie filer et de rester à coté. Je me souhaite la vie en lettres capitales et lumineuses. Des premières fois et des mains qui tremblent. Je me souhaite de continuer à rire à m’enthousiasmer à m’écorcher à pleurer à aimer. A la folie, passionnément.

 

 

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Orévwar la Guyane !


 

25 mars 2017

“Je suis dans l’avion, la tête posée contre le hublot. Les jours semblent s’être évaporés depuis notre arrivée à Cayenne. Le soleil se lève et j’ai, au creux de moi, l’énergie des jours heureux.

On arrive dans un peu plus d’une heure à Paris. Je vois, du hublot, doucement le soleil se lever. Le ciel, à l’image de ces dernières journées, semble magique. Je souris et j’ai des poignées d’images et d’émotions qui me collent à la peau : si la Guyane n’aura pas été le voyage le plus facile, il restera un des plus marquants.
Je me souviendrai de ses rencontres, de son histoire et de sa luminosité particulière.

En Guyane, j’ai vu des tortues géantes, passé une soirée avec une famille amérindienne, fait de la pirogue au milieu des caïmans. Je suis restée sans voix face à la beauté des marais de Kaw. J’ai pris un bain de soleil au coeur de l’hiver, découvert l’histoire des bagnes et gouté des fruits aux noms inconnus. J’ai flâné dans Cayenne et marché dans la forêt amazonienne. J’ai préparé un repas face à l’océan et observé huit couchers du soleil.

J’ai dormi au milieu de la jungle et mis les voiles vers les îles du Salut. J’ai ri, beaucoup. J’ai partagé un repas à la bougie et j’ai reçu sûrement un des plus doux massages de ma vie. J’ai bu des dizaines de planteurs et j’ai trinqué à la beauté de ces jours-là. Je me suis baignée dans une eau turquoise et on aurait dit le paradis. J’ai serré ma chance de vivre ces moments-là et j’ai répété des poignées de fois que je ne pourrais pas être vraiment plus heureuse qu’ici et maintenant.

 


 

Je viens de terminer Design web responsive et responsable de Scott Jehl. Je pense aux mots d’Anne, avant de monter dans l’avion, sur sa fascination de ma capacité à travailler et à mon étonnement face à ce ressenti-là. Je répète souvent – et en le pensant sincèrement – que j’ai la chance de ne pas travailler beaucoup. Que j’ai la chance de vivre de ma passion tout en ayant du temps pour profiter de la vie. De ne jamais mettre de réveil le matin, d’aller au cinéma parfois l’après-midi et de ne jamais avoir à regarder l’heure lorsque je déjeune au restaurant. La chance finalement de vivre, et de travailler aussi, à mon rythme.

Je disais à Anne que retoucher les photographies n’était pas vraiment travailler. Qu’écrire ou partager quelques conseils, non plus, évidement. Que cette semaine fut au ralenti et qu’elle m’avait remplie d’énergie pour les journées un peu plus denses à venir. J’avais fait ce que qui me rendait heureuse. Je n’avais pas beaucoup travaillé, ou tout au moins, j’avais eu l’impression de ne pas beaucoup travailler et je crois que c’est l’essentiel.

Je souris en repensant à ma lecture dans l’avion et en me disant que je pourrais affirmer la même chose. Non, non, non, ce n’est pas travailler.

Et puis, la vie, c’est des vacances ?”

 

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