Le premier jour en Guyane – Cayenne


 

Comme souvent, lorsque je pars en Amérique du Sud et lors des premières nuits, je me suis réveillée avant le lever du jour. Je me suis réveillée avec un sourire géant aux lèvres, en oubliant la fatigue et avec cette envie de tout-voir-tout-goûter-tout-découvrir. C’était dix heures du matin en métropole, quatre heures de moins en Guyane. Il faisait déjà chaud et humide. Alors, j’ai ouvert les fenêtres et tiré les rideaux. J’ai trié les premières photographies, publié les mots écrits dans l’avion et envoyer quelques mails en observant le jour se lever. C’était apaisant. C’était le calme avant la belle rencontre.

Vers huit heures, on est allés au marché de Cayenne. Le marché sera la première image que je conserverai de la Guyane. Je me rappellerai, en sortant de la voiture, de ce bâtiment immense construit par Gustave Eiffel et de toutes les couleurs et odeurs qui ont suivi. J’aime commencer la découverte d’un pays, ou d’une ville, par ses marchés.
En fin de semaine, souvent, je prends la voiture et je pars à la découverte d’un village ou d’une région à quelques heures de Toulouse. A mon arrivée, je cherche, toujours, les horaires et le lieu du marché. C’est devenu un joli rituel. Les marchés demeurent un lieu de vie où se mélangent les habitants, les producteurs locaux et les voyageurs. A travers les produits exposés, on y découvre – et goûte – en filigrane les coutumes et les traditions.

Alors, ce matin-là au marché de Cayenne, j’ai ouvert les yeux. J’ai senti les épices. J’ai exploré. J’ai touché et goûté des fruits aux noms inconnus. J’ai échangé quelques sourires et mots. J’ai pris des photographies et j’ai souri, à nouveau.

 


 

Avant de quitter le marché de Cayenne, j’ai goûté une soupe traditionnelle chinoise, comme le font les guyanais, et comme me l’avait conseillé Clo la veille. C’était encore tôt et j’avais pourtant l’impression de déjeuner. J’ai pensé au décalage horaire, aux températures négatives en métropole, et je me suis dit que le paradis ne devait pas être très loin d’ici. C’était doux et bon. Cela sentait les beaux jours et les vacances.

On a flâné, pris des photographies des maisons créoles et enthousiasmés du mélange d’architecture. Plusieurs fois, on est tombé nez-à-bec face à des oiseaux en cage. Sur le trottoir, les étals, les toits des voitures. Alors, Flavia nous a expliqué qu’il y avait en Guyane des concours de chant d’oiseaux et j’ai aimé cette poésie-là.

Un peu plus loin, on a monté les marches d’une petite ruelle. A l’arrivée, la vue semblait être une carte postale de l’image de la Guyane, où tout au moins de l’image que je m’en faisais. A gauche, on pouvait apercevoir la ville et son effervescence. En avançant de quelques pas seulement, et en tournant la tête vers la droite, on pouvait observer la forêt. Un peu plus loin, et de l’autre coté, on découvrait le front de mer. Le contraste était saisissant.

 


 

Vers midi, on s’est éloignés de Cayenne pour déjeuner. Je me souviens que la patronne nous attendait à notre arrivée et avoir été frappée par son élégance, sa douceur et sa gentillesse. Le lieu était à son image : incroyablement simple et saisissant. On avait changé, brutalement, de cadre. Le grand pavois donne sur le fleuve. A vingt minutes de la ville, on paraissait déjà être, tout à coup, au bout du monde. La vue, et la barque amarrée à quelques mètres de notre table, semblaient vouloir nous dire de prendre le temps et que tout irait toujours bien en Guyane. On a commandé un plat traditionnel et trinqué à la Guyane.

On a profité de l’après-midi pour partir à la rencontre de la forêt amazonienne. A mesure que l’on marchait, les arbres devenaient plus imposants et la végétation plus dense. Très vite, on aurait dit un décor de films. C’était beau et saisissant. Dans ces moments-là, je me dis que la nature est merveilleuse et qu’elle possède le meilleur des imaginaires. Qu’aucun livre, qu’aucun film, ne pourra jamais atteindre cette perfection et justesse-là. C’est sûrement aussi pour ça que j’aime l’art qui met en valeur le réel, qui colle, dans une certaine mesure, à la réalité pour en montrer la poésie. La science-fiction ne m’a jamais vraiment touchée. Elle m’a souvent parue une réplique, plus ou moins grotesque, de la réalité. Je suis, je crois, plus touchée par l’artiste qui tord la réalité, et qui en ajoutant sa sensibilité, souligne son regard sur le monde.

On a marché durant trois heures, peut-être quatre. Avec Thibault, on se répétait, “c’est beau“, “regarde comme c’est beau“. Puis, on se laisser absorber par le silence. Cela finissait toujours pas recommencer. Les mots, puis le silence.

 


 

En fin d’après-midi, on a rejoint le front de mer. Sur la plage, il y avait ce garçon qui jouait avec son chien au bord de l’eau. Il lui lançait un morceau de bois sans sembler se lasser. Alors, j’ai pensé à Holly et je me suis dit que l’on y serait heureuses ici aussi – que l’on ne pouvait définitivement qu’être heureux au bord de la mer et au soleil.

C’était la première fois que je voyais la mer en Guyane et c’était beau. Je savais que je n’y trouverai pas, ou très peu, de plages paradisiaques. Alors, oui, cette fin de journée-là, l’eau n’était pas vraiment turquoise et le sable n’était peut-être pas non plus vraiment fin. J’y ai pourtant trouvé bien plus. J’ai trouvé la nature folle et vivante. J’ai trouvé la sérénité. J’ai trouvé le ciel pastel et des palmiers qui semblaient vouloir toucher le ciel. J’ai trouvé des familles et des enfants venus prendre l’air.

Alors, pendant que les garçons jouaient avec leur drone, je me suis approchée encore un peu de l’océan. Il faisait doux. J’ai retiré ma robe et j’ai couru dans l’eau. Le soleil s’endormait et j’aurais pu dire pour dire la dixième fois de la journée que, là, tout de suite, maintenant, cela n’aurait pas pu aller mieux.

 

 


 

A l’écrire, et à le voir à nouveaux à travers mes photographies, je me rends compte comme cette première journée fut belle, intense et riche. Comme, elle m’a permis une journée de découvrir différents tableaux de la Guyane : la ville, la forêt et la mer.

De se laisser la surprise et de ne pas chercher à tout savoir avant de découvrir une destination a la magie de laisser la place aux merveilleux et à l’étonnement. On évite de comparer, de chercher à faire coller le réel avec notre imagination. Alors, on écoute notre intuition et on laisse la magie opérer.
 

 

 

 

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C'est promis

Vos commentaires
sont des petites douceurs
Mille mercis à vous

  1. Tes photos et tes mots sont très justes et font voyager ! Merci à toi, j’ai hâte de découvrir la suite du voyage.

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  2. La manière dont tu décris la beauté de la Guyane de manière assez détaillée est superbe. J’ai l’impression d’y être. Bravo pour l’article et vive le 973 ! Une région qui mérite d’être plus mise en valeur car sublime <3
    ps: Cet article me permet également de découvrir ton blog, c vraiment top !

    Bises
    https://madeinguadeloupe.blogspot.fr/

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  3. Merci pour ce joli partage et ces belles photos !
    Mon père est guyanais, et pourtant je ne suis allée que deux fois en Guyane à 6 mois et 12 ans (pour des raisons compliquées). J’aime beaucoup la façon dont tu en parles… Bien trop souvent je trouve qu’on ne parle pas de ce petit pays pour les bonnes raisons, alors qu’il a plein de choses à offrir comme sa végétation luxuriante, ou son peuple métissé qui en fait sa richesse.
    Bref, très bel article ! Tu m’as vraiment donné envie d’y retourner.

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