Aller au Chili et respirer


 

Cela fait une semaine que je suis arrivée au Chili. Une semaine que je mange beaucoup trop d’empanadas et d’avocats à chaque repas, que je compte avec mes doigts pour savoir l’heure en France et que je parle en espagnol en me rappelant, chaque fois, comme cette langue me manque. Une semaine que j’ouvre les yeux, que je m’enthousiasme, que je répète « oh, comme c’est beau !« . Une semaine à sentir mon cœur battre un peu plus fort.

J’avais prévu d’écrire et de partager un peu plus le Chili, au quotidien, avec vous. J’avais prévu tout ça, et puis, finalement, j’ai déconnecté. J’ai ouvert les yeux. J’ai marché. Beaucoup. Je me suis perdue dans les rues de Santiago. J’ai bu des cafés. Je suis allée au marché. Je me suis enthousiasmée. J’ai rencontré des personnes des quatre coins du monde. J’ai marché au soleil au bord de la mer. Sur un lac glacé à la frontière de l’Argentine .

J’ai monté les mille et un escaliers de Valparaiso. Je suis tombée amoureuse de son architecture et de ses maisons colorées. J’ai vu des lacs infinis et des forêts enneigées. J’ai dit, j’ai répété, c’est beau. Regarde comme c’est beau. J’ai pris l’avion trois fois. Du hublot, j’ai vu des volcans des villes des montagnes.

Un soir, j’ai pris un cours de Cueca et je me suis sentie un peu chilienne. Un peu à la maison. Je suis allée dans des fondas. J’ai fêté ‎El Dieciocho.

J’ai serré ma chance d’être là ici et maintenant. J’en ai eu des frissons. Et puis, j’ai écrit.

 


 

J’ai écrit de Santagio dans un café, à Pucón de la petite terrasse de ma chambre d’hôtel. Au loin, je voyais le volcan respirer. Et, un peu plus tard, ici, face à la mer à Valparaiso.

J’ai écrit dans la voiture dans le bus dans l’avion. J’ai écrit dans un carnet, dans les notes de mon iPhone, sur mon ordinateur. J’ai des mots plein le moleskine et des photographies qui débordent de mon ordinateur. J’ai écrit dans ma tête. J’ai imaginé des phases. Et puis, doucement, j’ai oublié les mots.

J’avais besoin de ce tête à tête égoïste et solitaire avec le Chili. De cette rencontre en tête à paysages. Et puis, doucement, de laisser infuser les émotions les couleurs les matières. De prendre le temps et de savourer. Chaque émotions, chaque couleur, chaque matière. J’ai savouré le silence. J’ai ralenti. J’ai accumulé les kilomètres et j’ai ouvert les yeux.

Plus je grandis, et plus je prends conscience de ma difficulté à être dans l’immédiateté. Je ne sais pas être dans l’urgence. Je ne participe pas à la course sans fin qu’offre les réseaux sociaux non plus. Et ce besoin d’être là, de devoir répondre, toujours, tout le temps-là, m’angoisse beaucoup. J’ai besoin de temps et de silence. De laisser parfois, aussi, mon iPhone au fond de mon sac. Je ne sais pas utiliser Snapchat. Enfin, je veux dire que je ne sais pas partager, du contenu, en continu justement. Je ne sais pas ni écrire ni – bien – travailler dans l’urgence. J’ai besoin de temps, de réflexion et de respiration.

Alors, je coupe les notifications. Je m’éloigne. J’écris sur un carnet. J’observe. Je m’étonne.

Et, je ralentis. Je ralentis.

 


 

Pour créer, pour imaginer, pour raconter et faire vivre des histoires dans ma tête, j’ai besoin de lenteur. De déconnecter pour partager, pour pouvoir partager. Pour, justement, me reconnecter. De mettre la distance pour avoir envie de revenir, pour avoir envie de poser des mots dessus. Fuis-moi, je te suis. Je ne sais ni courir ni être dans cette représentation quotidienne que cela soit dans mon travail ou dans mes projets personnels.

J’ai fini par comprendre que ce n’était pas un caprice et que cela faisait partie de moi, que c’était mon rythme interne. Je me rappelle une discussion avec Ange, autour d’un chocolat chaud, où l’on parlait de verticalité, et de l’importance d’être en accord dans notre quotidien avec nos valeurs profondes, avec ce qui nous meut.

Je me souviens de cette discussion à une époque où je cherchais encore mon équilibre, où je tâtonnais et m’écorchais souvent à vouloir trop bien faire, à vouloir parfois aussi faire plaisir en oubliant d’écouter mon propre rythme et mes ressentis. Je me disais que je pouvais faire un effort, que ce n’était pas si important – bien sûr que cela l’était. Et où pourtant je savais déjà – et ressentais – cette nécessité de mettre de l’ordre dans mon quotidien et cette urgence de m’aligner. D’arrêter de me disperser. Je me souviens de cette conversation et je regarde le chemin parcouru. Petit à petit, l’oiseau fait son nid.

Et, je sais que je ne pourrais pas être mieux, ici et là, maintenant, à découvrir le Chili.

 

 


 

Depuis cette conversation, j’ai appris à aller à mon rythme et à ne plus me forcer. C’est aussi le fil conducteur, ce qui guide mes pas et mes projets. Que cela soit lors mes rencontres ou mes voyages, je sais aujourd’hui combien cette continuité est nécessaire à mon équilibre. Combien elle me rassure et me berce. J’ai appris à accepter mes propres contraintes et à me les imposer. Et parfois aussi à les imposer. Pour moi, pour mon équilibre.

J’ai appris à dire non, à apprivoiser mes émotions et à les partager. Si j’ai longtemps eu peur de paraitre égoïste ou capricieuse, j’ai compris au fil des mois que les échanges devenaient beaucoup plus simples et intenses avec cette transparence et sincérité-là.

J’ai appris à me connaitre et, je crois, que c’est finalement la clef. C’est le plus beau des voyages intérieurs. J’ai ouvert les fenêtres. J’ai levé les yeux. Je me suis regardée, apprivoisée, accepté. J’ai appris à m’aimer. A écouter ma boussole interne et à suivre mon intuition. A ne plus la torde comme j’ai pu la faire pendant des années.

Depuis, je prends le temps et je me fais confiance. Je ferme les yeux et je respire. J’ai moins peur. De moi, des autres. Et quand j’ai peur malgré tout, j’accepte cette émotion-la. Je la laisse passer en moi. Je ralentis. Je regarde l’horizon. Je fais le tour du monde. Je suis seule. Je suis au Chili. J’écris, je dessine, je partage. Et par dessus, je prends le temps. J’écoute ma petite voix à l’intérieur qui me dit de ralentir de m’écouter de vivre.

Et vous savez quoi ? Je vais mieux.

 

 

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C'est promis

Vos commentaires
sont des petites douceurs
Mille mercis à vous

  1. Emmanuelle

    May,
    Je n’ai pas les mots comme toi mais à chaque fois que je te lis, la même émotion. Le sentiment de justesse. C’est un bonheur immense pour moi de croiser la route de personnes comme toi, alignées, justes et qui partage avec tant de coeur !
    Merci
    ❤️

    Répondre
    • Merci Emmanuelle. Ton petit mot me touche beaucoup, tu sais. J’ai été heureuse de t’accompagner aussi tu sais. Ta confiance était un précieux cadeau à mes yeux.

      Répondre
  2. Très joli texte…parce-qu’au final c’est ça la VIE.
    Profites-en bien, engrange un maximum pour que cet état dure toujours même dans notre quotidien souvent bien différent.
    xx

    Répondre
    • Merci beaucoup Audrey. Ton mot me fait chaud au coeur, et oui, oui, je profite pour mille. <3

      Répondre
  3. Coralie

    Toujours tellement en phase à chaque fois que je te lis! Bonheur….
    Mais une question reviens toujours… avec quel appareil fais tu de si belles photos??!!!???
    Merci merci merci!

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